Réaction à la réunion tripartite RDC–Rwanda–HCR du 24 juillet 2025 à Addis-Abeba

All For Rwanda prend acte de la réunion ministérielle de haut niveau tenue à Addis-Abeba entre le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, le Gouvernement de la République du Rwanda et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, dans le but d’adopter une feuille de route commune pour le rapatriement volontaire des réfugiés rwandais.

Si l’on peut se réjouir que les parties réaffirment que tout retour de réfugiés doit s’inscrire dans un cadre volontaire, sécurisé et digne, il est impératif de dénoncer un vice fondamental dans la méthode adoptée : aucune organisation représentant les réfugiés rwandais n’a été consultée ni même informée de cette initiative. Une fois de plus, des décisions sont prises concernant une population de plusieurs centaines de milliers de personnes, sans leur participation, sans leur voix, sans leur consentement.

Les réfugiés rwandais sont traités comme une variable diplomatique muette. On parle d’eux, mais jamais avec eux. On décide de leur sort dans des salles closes, alors qu’eux-mêmes sont maintenus dans l’invisibilité. Cette exclusion systémique, en contradiction avec les principes les plus élémentaires du droit international, révèle un mépris profond de leur dignité. Elle traduit aussi l’impasse dans laquelle s’enlise depuis des décennies la gestion de cette crise. Car aucune solution construite en l’absence des premiers concernés ne peut prétendre résoudre un problème de fond.

En juin 2025, le HCR recensait officiellement 201 238 réfugiés rwandais en République Démocratique du Congo. Toutefois, l’organisme reconnaît lui-même que ce chiffre est largement sous-estimé, de nombreux exilés vivant sans papiers, sous de fausses identités congolaises, ou hors des registres officiels, par crainte d’arrestation, de déportation ou de représailles.

Selon nos propres estimations, en tenant compte de l’ensemble des Rwandais en exil — qu’ils soient enregistrés comme réfugiés, apatrides, ou détenteurs d’une autre nationalité faute de pouvoir rentrer au Rwanda en raison de persécutions politiques — le nombre dépasse les 500 000 personnes.

Contrairement à d’autres populations réfugiées en RDC, les exilés rwandais ne bénéficient d’aucun camp officiel, d’aucun programme de protection ou de soutien spécifique du HCR, et se retrouvent bien souvent dans une zone grise juridique et humanitaire, malgré l’ancienneté et la gravité de leur situation.

Malgré les ressources considérables engagées depuis vingt ans dans les programmes de rapatriement volontaire, les résultats sont insignifiants. La majorité écrasante des réfugiés rwandais refuse de rentrer non par entêtement idéologique, mais parce que les causes profondes de leur exil n’ont jamais été levées. L’absence de garanties de sécurité, de justice équitable, de reconnaissance politique et sociale explique ce refus massif.

Pire encore, ces dernières années ont été marquées par des campagnes de retour forcé de réfugiés rwandais, menées dans des conditions indignes et en violation flagrante du principe de non-refoulement. Ces faits sont documentés par Human Rights Watch dans un rapport publié en juillet 2024 : des milliers de réfugiés ont été expulsés ou renvoyés de force vers le Rwanda dans des conditions troubles. Le rapport décrit des opérations menées à Goma, Kalehe et Sake, où des réfugiés ont été contraints de monter dans des camions, souvent de nuit, sans documents et sans possibilité de refus.

Ces pratiques ont été rendues possibles, dans certains cas, par la passivité ou l’absence de réponse effective du HCR, laissant ces personnes vulnérables sans protection réelle. Elles constituent une violation des obligations internationales en matière de protection des réfugiés, et soulignent l’extrême précarité dans laquelle vivent encore aujourd’hui des milliers de Rwandais en exil.

Ces récentes opérations de retour dit “volontaire” semblent avant tout répondre à une stratégie d’image pilotée par le gouvernement rwandais, avec l’appui de son proxy armé, l’AFC-M23. En organisant ces transferts l’objectif est de faire croire que la question des réfugiés rwandais est résolue et maîtrisée. En réalité, ces actions masquent l’ampleur du problème, ignorent les causes profondes de l’exil et compromettent toute solution politique crédible.

All For Rwanda interpelle le HCR sur son refus persistant de collaborer avec les organisations représentant les réfugiés rwandais. Cette position interroge. Pourquoi traiter les réfugiés rwandais différemment des autres groupes ? Pourquoi ne leur accorde-t-on aucun programme spécifique d’assistance, aucune consultation, aucune reconnaissance comme acteur légitime du dialogue sur leur propre avenir ? Cette discrimination de fait est inacceptable et doit cesser.

Il est également temps de dire les choses avec clarté. Si la question des réfugiés rwandais est depuis trente ans mal gérée, c’est aussi parce que le gouvernement rwandais refuse de la traiter politiquement. Plutôt que d’engager un processus de vérité et de réformes permettant le retour, Kigali a choisi d’instrumentaliser cette population en l’assimilant systématiquement aux groupes armés. Cette posture lui permet de justifier ses incursions militaires en RDC et de refuser tout dialogue avec ses propres citoyens en exil.

Tant que cette approche prévaudra, il ne pourra y avoir ni réconciliation nationale au Rwanda, ni stabilisation durable dans la région des Grands Lacs. Il est illusoire de penser qu’on obtiendra la paix en évitant la racine même du conflit. Toute stratégie de retour forcé, toute exclusion du dialogue, tout refus de reconnaissance des causes politiques de l’exil est une fuite en avant.

All For Rwanda appelle donc l’ensemble des parties prenantes — le HCR, le Gouvernement congolais, les facilitateurs du processus de paix, les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine, la SADC, l’EAC — à changer de paradigme. Il ne s’agit plus de gérer une crise, mais de la résoudre. Cela implique de convaincre, voire de contraindre Kigali à ouvrir un dialogue structuré avec ses réfugiés. Un dialogue qui doit mener à des réformes profondes, institutionnelles et sécuritaires, seules à même de créer les conditions d’un retour massif, libre et durable.

On ne construit pas la paix sur le silence d’un peuple exilé. On la construit en reconnaissant sa voix, en respectant ses droits, et en lui redonnant une place légitime dans la communauté nationale.

ALL FOR RWANDA

Pour toute demande de renseignements supplémentaires, veuillez contacter :

Norman Ishimwe Sinamenye (coordinateur du volet humanitaire et droits de l’homme de All For Rwanda)

norman.sinamenye@jamboasbl.com

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