Déclaration finale des États généraux sur la question des réfugiés rwandais


Bruxelles, samedi 21 juin 2025

I.     Préambule

Au terme d’une journée de réflexions, d’analyses et de témoignages, nous, participant·e·s à la Conférence – États généraux sur la question des réfugiés rwandais, rendons publique la présente Déclaration, adressée :

  • À l’Union africaine, la SADC, l’EAC, et les États médiateurs engagés dans les processus de paix régionaux, afin qu’ils reconnaissent les réfugiés rwandais comme parties prenantes légitimes à toute solution politique durable ;
  • Aux Nations Unies et au Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR), pour qu’ils protègent effectivement les droits des réfugiés rwandais, condamnent les rapatriements forcés, et soutiennent leur participation politique ;
  • Aux gouvernements des pays hôtes, pour qu’ils facilitent l’auto-organisation des réfugiés et garantissent leur sécurité juridique et physique ;
  • À la Cour pénale internationale (CPI) et aux mécanismes internationaux de justice, pour qu’ils enquêtent sur les crimes commis contre les réfugiés rwandais et les déplacés en RDC ;
  • Et à l’opinion publique mondiale, pour qu’elle se mobilise aux côtés de ceux qui, depuis trop longtemps, vivent dans l’ombre de l’exil.

Selon les chiffres du HCR, près de 250 000 Rwandais vivent aujourd’hui sous statut de réfugié. Mais ce chiffre est largement sous-estimé. Il ne tient pas compte des centaines de milliers d’exilés contraints d’adopter une nationalité étrangère ou un statut de résidence, faute d’alternative, ni de ceux qui vivent sans aucun statut légal, parfois sous fausse identité ou en situation d’apatridie, notamment en République Démocratique du Congo. En réalité, le nombre de Rwandais vivant en exil contre leur volonté dépasse très probablement le million.

Privés de protection, de représentation et de perspective de retour, ils vivent depuis des décennies dans une invisibilité préoccupante, souvent instrumentalisés au gré des rapports de force régionaux.

Nous affirmons que seule une reconnaissance pleine de leurs droits, une écoute réelle de leurs récits et une volonté politique de changement permettront d’ouvrir une nouvelle ère de justice, de sécurité et de solidarité pour les réfugiés rwandais.

II. Constats

  1. Retrait abusif du statut de réfugié et inaction du HCR

De nombreux réfugiés rwandais ont vu leur statut révoqué ou menacé, en contradiction avec la Convention de 1951 et son Protocole de 1967. Cette dynamique, encouragée par la politique de cessation du statut initiée en 2013, s’est faite au détriment des principes fondamentaux de protection internationale.

Le HCR, dans sa gestion diplomatique, a majoritairement aligné sa posture sur les demandes du gouvernement rwandais, au détriment des victimes.

Par ailleurs, la communauté internationale dans son ensemble reste passive face aux violences transfrontalières commises par les services de Kigali contre des réfugiés : assassinats, disparitions, intimidations. Nous condamnons cette passivité et exigeons une protection effective.

2.      Instrumentalisation géopolitique

La question des réfugiés rwandais est réduite à une variable d’ajustement dans les rapports de force régionaux. Les réfugiés deviennent des otages politiques, utilisés comme levier dans des accords bilatéraux sans que leur avis ne soit pris en compte.

L’exclusion systématique des réfugiés des processus de paix et de stabilisation en Afrique centrale démontre une carence grave de représentation. Les conflits ne peuvent être durablement résolus sans l’implication directe des réfugiés.

3. Conditions de vie indignes et absence de perspectives

Les témoignages recueillis au cours de cette conférence illustrent une situation humanitaire alarmante : précarité extrême, marginalisation sociale, insécurité chronique, particulièrement dans les camps de l’Est de la RDC. Une génération entière de Rwandais grandit dans l’abandon, sans identité, ni avenir clair.

III.                 Revendications prioritaires

1.      Rétablissement du statut de réfugié et respect du non-refoulement

Nous exigeons la révision immédiate de toutes les mesures de cessation, et la reconnaissance pleine et entière du statut de réfugié à toute personne rwandaise en exil involontaire.

  1. Intégration des réfugiés dans les processus de paix

Les réfugiés rwandais doivent être reconnus comme des parties prenantes légitimes et incontournables dans les efforts de résolution des conflits dans la région des Grands Lacs. Leur exclusion systématique des cadres de négociation compromet toute solution durable.

À ce titre, nous appelons à leur inclusion directe dans les principaux processus de paix actuellement en cours, notamment :

  • le processus de Nairobi/Luanda, sous l’égide conjointe de la SADC et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC),
  • le processus de Washington, conduit par les États-Unis,
  • et le processus de Doha, mené sous médiation qatarie.

Parallèlement, nous exhortons les États et les médiateurs internationaux à ouvrir un canal officiel de dialogue entre les représentants des réfugiés et le gouvernement rwandais, en vue de poser les bases d’un retour volontaire, sécurisé et durable, fondé sur des réformes concrètes et garanties dans les domaines sécuritaire, juridique, institutionnel et politique.

 

 

  1. Fin immédiate des rapatriements forcés

Nous demandons la cessation immédiate des rapatriements forcés de réfugiés rwandais, en particulier depuis les zones occupées de l’est de la RDC vers le Rwanda.

Ces transferts, effectués sans consentement libre et éclairé, violent gravement le droit international, notamment l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève et le principe de non-refoulement inscrit dans la Convention de 1951. Ils constituent des crimes de guerre.

Nous exhortons le HCR à condamner clairement ces pratiques, à garantir que tout retour reste strictement volontaire, et à éviter toute complicité directe ou indirecte dans ces opérations menées sous contrainte.

Nous appelons les Nations Unies, les États garants du droit international et la Cour pénale internationale à agir sans délai pour mettre fin à ces violations, établir les responsabilités et protéger efficacement les réfugiés rwandais.

 

IV.                  Organisation interne des réfugiés

Face à l’inaction persistante ou à la complaisance de certaines institutions internationales, nous appelons les réfugiés rwandais à renforcer leur propre organisation collective, en s’appuyant sur des structures représentatives et coordonnées.

Concrètement, cela implique :

  • La mise en place de comités de coordination dans chaque camp, ville ou communauté d’accueil;
  • La création de plateformes de concertation nationales dans les principaux pays hôtes (RDC, Ouganda, Malawi, Mozambique, Zambie, Burundi, Cameroun, France, Belgique, Royaume-Uni, Canada, États-Unis, etc.) ;

Ces structures doivent jouer un rôle actif dans :

  • la défense des droits fondamentaux des réfugiés,
  • la collecte d’informations sur les situations locales,
  • la communication avec les institutions internationales,
  • et la préparation politique et logistique d’un retour volontaire et sécurisé.

Nous appelons également à soutenir toutes les initiatives collectives et autonomes portées par les réfugiés eux-mêmes, notamment les réseaux associatifs, mouvements locaux et plateformes d’action politique.

Parmi ces initiatives, le mouvement All For Rwanda constitue aujourd’hui un cadre structurant de représentation, de coordination stratégique et de plaidoyer international. Il incarne une démarche responsable, pluraliste et orientée vers des solutions politiques durables, souveraines et pacifiques.

Nous invitons l’ensemble des acteurs engagés en faveur des réfugiés rwandais à s’unir autour et au sein de ce cadre commun, afin de mutualiser les efforts, renforcer la voix collective de l’exil et construire une force politique crédible et structurée face aux enjeux présents et à venir.

 

V.  Conclusion

En cette Journée internationale des réfugiés 2025, nous affirmons solennellement que le temps du silence, de l’invisibilité et de la résignation est révolu. Les réfugiés rwandais, trop longtemps ignorés ou instrumentalisés, revendiquent aujourd’hui leur pleine dignité, leurs droits fondamentaux, et leur légitimité à participer à l’avenir de leur pays.

Nous appelons la communauté internationale, les États garants du droit international et les acteurs régionaux à soutenir une solution politique globale et inclusive, qui tienne enfin compte de la réalité de l’exil rwandais et des causes profondes qui le prolongent.

Dans un esprit de responsabilité et de paix, nous lançons un appel solennel au gouvernement rwandais à ouvrir un dialogue politique franc, crédible et sous garantie internationale avec les représentants des réfugiés, en vue de préparer les conditions concrètes d’un retour volontaire, digne, sécurisé et durable.

Nous, parties prenantes à cette Déclaration, prenons l’engagement de nous organiser, de faire entendre notre voix, de construire une solidarité active entre exilés, et de porter, avec détermination, la cause de la justice, de la paix et de la réconciliation pour l’ensemble du peuple rwandais.

Ce jour marque un tournant. Il ouvre une nouvelle étape vers une solution politique juste et inclusive, où plus aucun réfugié rwandais ne sera laissé pour compte.

 

Signataires :

 

Au nom de tous les participants :

Dr. Etienne MUTABAZI

Dr. Emmanuel MWISENEZA

Dr. Vincent BIZIMANA

Mr. Norman Ishimwe SINAMENYE

Mme Gloria UWISHEMA

Mr Placide KAYUMBA

Mme Kami RUNYINYA

Mr Chaste GAHUNDE

Mr Eustache HABUMUREMYI

 

Organisations signataires :

All For Rwanda

SOS Réfugiés

Fondation Victoire pour la Paix

Jambo asbl

Réseaux International des Femmes pour la Démocratie et la paix

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